Monday, October 7, 2013

La place des femmes dans la société berbère

Y a-t-il une différence entre la place d’une femme dans la société berbère, dans la société marocaine, dans la société musulmane ? Sans doute, ou plutôt un ensemble de différences, certaines positives, d’autres négatives. Il est sans doute impossible de dire s’il fait meilleure être une marocaine d’origine berbère ou arabe, ou une algérienne.... Mais c’est aux femmes, et à leur tenue, par exemple, que le touriste pourra reconnaître les quelques villages arabes disséminés dans le pays berbère. A ces femmes, qui soudainement sont engoncées dans de lourds voiles noirs, qui ne laissent plus rien passer, certaines même portent des gants. Quel contraste avec les voiles colorés, soit noirs brodés de laines vives, soit simplement rouges, jaunes, verts.... Une femme berbère a la tête couverte, elle est vêtue décemment de longues jupes, mais elle ne se cache pas le visage . A l’exception, peut être des femmes d’Essaouira. Mais là, c’est sans doute l’histoire qui parle, et les nombreux rapts autrefois de ces filles renommées pour leur beauté, qui allaient peupler les harems de Fès et Marrakech. Et d’ailleurs, en ces temps là, il y avait plus de juifs et d’étrangers que de marocains à Essaouira.... D’ailleurs, dans la société rurale, le voile a plus une connotation coutumière que religieuse. Il n’est pas le tissu cachant la femme en dehors de sa famille et qu’on enlève aussitôt dans le cercle familial, comme cela se produit dans d’autres pays musulmans. Il est l’instrument d’une pudeur dont on retrouve l’équivalent chez l’homme (et d’ailleurs à l’extrême chez les Touaregs, dont les femmes sont légèrement voilées, alors que l’homme gardera son lourd voile, par respect, mangeant même derrière son chêche, pour ne pas dévoiler sa bouche), et élément de statut. Les jeunes filles portent des foulards indifférenciés, comme ceux que l’on voit en France, mais aussitôt mariées, elles portent fièrement les « zif » bariolés qui leur étaient précédemment interdits. Il faut imaginer le champ de coquelicots étincelants que peut être une réunion de femmes dans la vallée du Draa, qui entrent les unes après les autres couvertes d’une longue cotonnade noire brodée, et laissent ensuite voir des robes de couleurs claires, et des foulards rouges, rouges et jaunes, rouges et verts, des serre-tête brodés, des pendeloques en argent... Jeune fille berbère Une femme berbère peut aller au marché vendre les produits de son potager, de son élevage. A l’exception peut être des Rifaines, enfermées chez elles, à tel point qu’elles ne vont pas au hammam public. Mais là, c’est sans doute l’histoire qui parle, et la protection contre la piraterie en Méditerranée. De tradition, les berbères sont plutôt peu polygames. Et de moins en moins, avec l’impact du nouveau code de la famille, qui permet à la femme de demander un divorce avantageux pour elle si son mari veut lui imposer une deuxième épouse. Mais c’est un peuple d’amoureux. D’ailleurs les malheureux fiancés d’Imilchil sont un couple berbère. Et c’est à cause d’eux, ou grâce à eux, que chaque année, pendant les trois jours de ce moussem, on dit que filles et garçons peuvent se choisir librement, et s’épouser comme ils l’entendent, faisant fi des projets de mariage arrangés... si ils ne s’inclinent pas, par respect, devant la volonté de leurs parents. De tradition, un berbère ne bat pas sa femme. C’est d’ailleurs pour les Touaregs une grande honte que de se laisser aller à de telles extrémités, et c’est le mari coléreux qui sera regardé de travers, parce que ne sachant pas se contenir. L’homme et la femme ont des sphères assez séparées, et les deux sexes se mélangent peu, même dans le cadre familial. Mariée jeune, à 25 ans on commence à être une vieille fille (et en quoi cela est-il différent de la France d’il y a 50 ans ?), très tôt mère de famille nombreuse, la femme berbère évolue dans un gynécée riant et volubile où les hommes ont parfois un peu peur de mettre le pied. A chaque instant de libre, les rires fusent, les chants commencent, rythmé par un simple verre à thé sur un plateau de fer, ou le manche d’un couteau sur la table. Elles parlent fort, s’interpellent, les bébés dorment dans ce vacarme, et les hommes, prudents, pensent que leurs femmes sont trop exubérantes pour eux. Ils ont raison, d’ailleurs. Les conversations des femmes entre elles ont parfois un cru qui ferait rougir plus d’une Européenne