Thursday, October 31, 2013

L'origine des Juifs d'Afrique du Nord

 
Les habitants de l'Afrique du Nord sont tous à l'origine des Berbères. La conquête arabo-musulmane n'a laissé sur place que peu de soldats venus de l'Arabie et de l'Orient arabisé. Néanmoins, la civilisation arabe et la religion musulmane réussirent à s'implanter dans les villes, à les arabiser, et à les islamiser. Par contre, de grandes franges de la population autochtone sont restées berbérophones jusqu'à ce jour. Il va sans dire que la scolarisation et les media tendent à propager de plus en plus l'arabisation officielle, qui souvent s'affronte à un mouvement de renouveau berbériste. Je n'utilise le terme de berbère, que pour plus de commodité, à la place du terme plus précis, des Imazighen.
Quand à l'origine des Juifs d'Afrique du Nord, il est impératif d'élucider un mythe assez répandu dans les medias actuels. Est-il nécessaire de préciser qu'une présence juive en Afrique du Nord ne peut être possible avant l'époque romaine, pour la bonne raison qu'un judaïsme, dans le sens propre du terme, n'existait point avant cette époque ? La présence de Sidoniens, de Phéniciens ou de Puniques sur les côtes méditerranéennes n'a rien avoir avec la religion monothéiste juive. Il en est de même pour les colonies Israelites ou  Judéennes à Yeb (Éléphantine) ou en Basse Égypte qui ne sont qu'un reflet du culte monolâtrique israélite de l'époque monarchique pré deutéronomiste. Par contre, avant même la destruction de Jérusalem et de son temple en l'an 70 par les Romains, et la perte de l'indépendance, une diaspora judéenne florissait déjà en Afrique du Nord, surtout à Alexandrie où fut traduite la Bible trois cent ans environ avant n. e. et en Cyrénaïque. En plus de ces Judéens, il faut prendre en compte l'attrait qu'avaient les gentils, ou les païens, pour l'antique culte judéen, ses traditions ancestrales, sa longue histoire et ses fêtes. Cet attrait engendra un vaste mouvement de conversion à la religion juive, qui fut aussi renforcé par de nombreux païens, dessebomenoï, ou des « craignant Dieu », à la marge de ces convertis, qui avaient une grande admiration pour le Judaïsme, mais qui ne s'étaient pas convertis.
L'accroissement progressif des adhérant à la secte des « partisans de Jésus », devenus plus tard, les Chrétiens, terme qui n'existe quasiment pas dans les textes du Nouveau Testament, est due entre autres au passage de la plupart de ces nouveau Juifs et des « craignant Dieu », sous les règnes des empereurs Constantin et Justinien, du Judaïsme au Christianisme, qui était moins exigeant dans ses pratiques rituelles. Il ne fait plus de doute, comme le précise Maurice Sartre, qu'un grand mouvement de conversions au judaïsme traversait tout le monde romain. Plus de 10% de la population de ce monde, surtout en Afrique du Nord et en Orient, sont Juifs, sans compter les sympathisants de cette religion. Néanmoins on ne peut parler du Judaïsme de l'époque comme d'une religion prônant un prosélytisme actif, ceci, malgré quelques judaïsations forcées en Galilée et en Judée, sous les rois hasmonéens. Mais contrairement à l'avis de l'historien Shlomo Sand et du linguiste Paul Wexler, rien ne prouve que tous ces nouveaux convertis réussirent à surmonter les pressions de l'empereur Justinien au VIe siècle, et encore plus de la conquête militaire musulmane, et restèrent juifs. Les seuls qui pouvaient, à la rigueur, s'accrocher à leur religion ne pouvaient être que les Juifs qui l'étaient par ascendance familiale, kata sarka et non par adoption tardive.
Avec l'avènement de l'Islam au VIIe siècle, la majeure partie des habitants autochtones de l'Afrique du Nord, les Imazighen, convertis d'abord au Judaïsme, puis au Christianisme, furent pratiquement tous contrains à s'islamiser. Ce qui rend très probable, à mon avis, la constatation que les seuls nord-africains qui sont restés juifs ne devaient être que ceux qui, à l'origine, avaient émigrés de la Judée et de la Galilée. Aussi, la thèse défendue par l'historien tunisien Ibn Khaldoun (1332-1406) dans son livre l'Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale, selon laquelle les Berbères seraient des descendants de Cananéens ou que le personnage de Dihya el Kahina serait d'origine juive a été largement réfutée par les historiens Abdelmajid Hannoum et Gabriel Camps. Malgré le mouvement berbériste qui cherche à s'affranchir du joug de la culture arabo-musulmane, en mettant en avant les origines juives des Berbères ou l'origine berbère des Juifs nord-africains, il faut se rendre à l'évidence et ne pas prendre des mythes pour des vérités historiques.Malgré la sympathie que ressentent actuellement les Juifs d'Afrique du Nord pour certains de ces mouvements représentés dans le Web, les Juifs nord africains, dans leur grande majorité, ne seraient donc pas des Berbères convertis mais principalement des anciens Israelites et Judéens émigrés de leur pays, avant et surtout après la révolte contre les Romains.
Dernièrement, Shlomo Sand dans un livre pamphlétaire prôna l'inexistence d'un peuple juif qui à son avis fut inventé de toute pièce par le mouvement sioniste. Ce qui assez dissimulé dans son livre c'est  le fait qu'il ne fait que répéter ce qu'avaient déjà dit quasiment tous les historiens du peuple juif  bien avant lui. En outre, aucun historien sioniste n'a jamais prétendu que les origines des Juifs étaient ethniquement, biologiquement  ou génétiquement exclusives ou que tous les Juifs devaient obligatoirement avoir des ascendants remontant aux populations des royaumes d'Israël et de Juda.Les brassages constants de populations à travers les siècles ont effacé toute possibilité d'évoquer une définition à base ethnique du peuple juif et de quasiment toutes les populations des états-nations actuelles. Il serait aussi ridicule, comme essaient de le faire certains généticiens peu scrupuleux de la rigueur scientifique,  de vouloir prouver à tout prix l'existence d'un dominateur génétique commun à tous les Juifs du monde actuel.
Durant tout le Moyen âge, l'Afrique du Nord et l'Espagne ne formaient qu'un seul domaine culturel et les lettrés juifs à l'époque voyageaient  facilement d'une communauté à l'autre. Ce brassage de population ne permet plus de distinction ethnique entre les Juifs d'Espagne et ceux de l'Afrique du Nord. Cependant, avec l'expulsion des Juifs d'Espagne et du Portugal, après 1492, les Juifs de la péninsule ibérique, devenue chrétienne, émigrèrent en partie en Afrique du Nord et composèrent une communauté distincte par ses origines et son particularisme. On les appelle les megorashim, les expulsés, par rapport aux toshabim, les autochtones, termes que l'on retrouve principalement dans les actes de mariages, les ketubot. Grace à ces nouveaux venus qui constituèrent une aristocratie locale, le dialecte judéo-arabe marocain, dans toute sa diversité, est encore truffé d'espagnol dans le domaine lexical. Jusqu'au XIXe siècle, on continua même de traduire à Meknès dans des textes du droit juif, dans les responsa (les she'elot u-teshubot), certains termes de l'hébreu en espagnol, pour qu'ils soient mieux compris par le lecteur.
Brève bibliographie
Camps Gabriel, Berbères, mémoire et identité, Actes Sud, Paris 2007, publié précédemment aux éditions Errance, 1987.
Hannoum Abdelmajid, « Historiographie et légende au Maghreb : la Kâhina ou la production d'une mémoire », in L'invention historiographiqueAnnales. Histoire, Sciences Sociales, 54e année, n° 3, mai, juin 1999, p. 667-686.
Le Bohec Yann, « Bilan des recherches sur le judaïsme au Maghreb dans l'Antiquité », Espacio, Tiempoy Forma, Série II, H. Antigua, t.6, 1993, p. 551-566.
Oufkir Raouf, Kahena la princesse sauvage, Tome I, L'impératrice des songes, Flammarion, Paris 2010
Sand Shlomo, Comment le peuple juif fut inventé, Fayard, Paris 2008
Sartre Maurice, L'Orient romain. Provinces et sociétés provinciales en Méditerranée orientale d'Auguste aux Sévères (31 avant J.-C. – 235 après J.-C.), éd. Le Seuil, Paris 1991
Schroeter J. Daniel, La découverte des Juifs berbères, in Relations Judéo-Musulmanes au Maroc : perceptions et réalités, edited by Michel Abitbol, Éditions Stavit, Paris 1997, p. 169-187
Wexler Paul,The Non-Jewish Origins of the Sephardic Jews,  State Universityof New York, Albany1996

Texte d'une conférence à Marseille le Mercredi 5 mai 2010 à 19h30, Au Centre Culturel Edmond FlegJUDAÏ-CITE, 4 Impasse Dragon 13006 Marseille, diffusé à Radio JM à cette occasion
 
Source : le site dafina; Lire l'article sur le site dafina


Auteur: Yigal Bin-Nun
Date : 2013-09-15
Source : Dafina

Le Royaume des Berghouata

Qui sont ces Berghouata? Qui ont régné de 742 à 1148, sans laisser la moindre trace dans l’histoire officielle. Leur nom ne figure nulle part dans les manuels scolaires d’histoire. Il est vraisemblable que tous les archives qui les concernant ont été délibérément détruits pour faire passer sous silence l’existence d’un peuple qui dérangeait les idéologies arabo-islamiques qui avaient dèja atteint une grande ampleur au Maghreb. Très peu savent que les Berghouata furent la dernière dynastie dont les rois étaient des marocains de souche, des fils du bled du premier jusqu’au dernier. Ils ont régné sur la région de Tamesna de Salé à Safi (ce qu’on nomme aujourd’hui le Maroc utile), surtout ils avaient leur propre prophète, leur coran et leurs rites. Ils étaient connus également sous le nom de Béni Tarif, d’après le nom du fondateur de la principauté, qui avait rejoint le dessident kharijite Mayssara et porter le glaive contre les conquérants musulmans. La plupart des historiens décèlent que les Berghouata, proviennent de la dynastie berbère des Bacchus, et que Tarif est un amazigh. Les berbères de Masmouda et Zénata ont désigné Tarif comme chef. Il fut considéré comme le fondateur de la principauté des Berghouata, mais son fils Salih qui passe pour être le fondateur spirituel et le créateur de la religion des Berghouata. Les Berghouata voulaient recréer une copie conforme dans le Maghreb sous le troisième prince de la lignée, Younès pour que la prophétie des Béni Tarif soit révélée.

Il imposa une religion d’une manière de Coran comprenant quatre vingt sourates qui portaient presque toutes le nom d’un Prophète, on y comptait celui d’Adam, Ayoub, Pharaon, Harout…..Ni Salih qui avait peur pour sa vie, ni même son fils à qui son père a confié sa religion, sa science, ses principes et son « fiqh », ne se sont proclamés prophètes, ils restèrent tous deux partisans des Ibadites de la fraction des Kharijites (musulmans plaidant pour la démocratie et l’égalitarisme). Exactement comme l’avait fait, avant lui, le prophète Mohamed en Orient. Younès eut même recours à un autre verset du Coran pour faire prévaloir le statut mérité de son grand père en tant que prophète : « Et nous n’avons envoyé de Messager que dans la langue de son peuple » (sourate Ibrahim, verset, 4). Son argument est simple : Mohamed étant arabe, Salih a d’autant plus le droit de transmettre le message de Dieu auprès des siens au Maroc. Younès a même prédit que son grand-père allait réapparaître sous le règne du 7eme roi des Béni Tarif en tant que « Al Mehdi Al Mountadar » (inspiration chiite).

D’après l’historien Mouloud Achaq et selon Mohamed Talbi qui avance que la religion des Béni Tarif ne s’est pas totalement écartée se l’Islam. Elle s’est contentée de l’adapter dans une version amazighe, locale et indépendante de l’Orient, en se dotant d’un coran local et d’un prophète local. Ils voulaient probablement montrer qu’ils n’avaient pas de leçon à recevoir des despotes de l’Orient et qu’ils pouvaient produire leurs propres règles religieuses. Dans les faits, douze tribus seulement ont accepté la prophétie des Béni Tarif. Les autres tribus sous leur domination, et dont le nombre s’élevait à 17, ont gardé leur ancienne confession, l’Islam moutazilite. Or, les Berghouata sont comportés avec ces tribus comme des alliés et ne les ont pas persécutées au nom de la nouvelle religion. Au niveau de la population, les rites des Berghouata s’apparentaient de manière étonnante aux croyances païennes ancestrales et aux pratiques de sorcellerie, dont la sacralisation du coq, ils disent toujours, au lever du jour, « la tay wadane afellous » (le coq appelle à la prière). Selon l’orientaliste Nahoum Slouch, l’interdiction de manger la chair de coq proviendrait des Juifs du Machreq au Sahara. Ce qui a incité Slouch à affirmer que « la religion des Berghouata est musulmane dans sa forme, berbère dans ses rites et juive dans son fond et ses tendances ».

A une différence près : Les préceptes régissant le dogme, étaient nombreux et hétérodoxes, un jêune hebdomadaire du jeudi était obligatoire, la prière était faite cinq fois le jour et cinq fois la nuit, la prière publique se faisait à l’aurore (fjer) non le vendredi à midi (dhor), aucun appel (adène) à la prière ni rappel (ikamat). Une partie de leur prière se faisait sans prosternement (rekât) et une autre à la façon Orthodoxe, ils récitaient la moitié de leur coran pendant qu’ils étaient debout et l’autre moitié pendant les inclinations. Le salut était en dialecte berghouati "Dieu est au dessus de nous, rien de la terre ni des cieux ne lui est inconnu ". Tout Berghouati pouvait épouser autant de femmes qui le lui permettaient ses possibilités mais il ne pouvait contacter union ni avec une musulmane orthodoxe ni avec une cousine jusqu’au troisième degré. Il peut répudier et reprendre ses femmes. Le menteur était flétri du titre d’el morhaier (qui s’éloigne de la vérité) et généralement expulsé du pays. Comme alimentation étaient illicites la tête et la panse des animaux.

La région de Tamesna, traversée de forêts et de ruisseaux, qu’est née l’idée de nature hantée. Quant à la réticence à manger la tête de certains animaux, dont le poisson, et l’interdiction de manger les œufs, elles sont toujours de rigueur chez certaines tribus des Masmouda qui se sont réfugiées dans le Souss, après la dissolution de la principauté des Berghouata dont la mise en échec n’a pas été chose facile, loin s »en faut. Qu’est-ce qui lui a donné une telle force de résistance.

Après le carnage de Oued Beht et celui du village de Timaghine, qui leur ont permis d’élargir leur domination au début du 10eme siècle, Abdellah Abou Al Ansar, un roi berghouati pacifiste et cultivé est arrivé au pouvoir. A l’inverse de ses prédécesseurs, a réussi à fédérer nombre d’alliés sans avoir à répandre le sang. Al Bakri raconte qu’il rassemblait ses hommes, préparait son armée et s’apprêtait à lancer des attaques contre les tribus avoisinantes. Lorsque ces derniers lui offraient des présents dans une tentative d’attirer sa sympathie et qu’il acceptait leurs présents, il dispersait ses hommes en signe de renoncement à l’attaque envisagée. Cette description montre à quel point les tribus entourant le royaume des Berghouata craignaient ces derniers et tenaient à maintenir une trêve avec eux, liées par un lien national propre aux Berghouata.
1- Lien des Béni Tarif, détenteurs du pouvoir et les leaders de l’alliance idéologique et spirituelle du royaume.
2- Suivi des Masmouda, qui jouissaient d’un rang social privilégié.
3- Des Zénata et des Sanhaja, dont le rang social, s’étaient améliorés grâce à leur activité commerciale.
4- Toutes tribus soudanaises, grâce à leur bonne maîtrise du flux des caravanes provenant du Sahara.

A ce phénomène, Ahmed Siraj pense, quant à lui, que chez les Berghouata « les tribus faisaient les frontières », elles faisaient quelque 400 fortifications dans leurs villes stratégiques, telles Chellah, Fédala ou Anfa. Mais leur puissance réelle résidait dans leur force économique. Ils pouvaient selon Ibn Haouqal, avoir des échanges commerciaux même avec des gens d’Aghmet, du Souss et du Sijilmassa. Au point de vue agriculture, il suffit de citer Léon l’Africain « de blé égale du temps de ces hérétiques, l’abondance du blé était telle que les gens échangeaient une quantité à ce que pouvait porter un chameau, contre une paire de babouches »
. Seulement, jusqu’en 1994 que les premières tentatives d’exploration de la mémoire des Berghouata qu’a commencé les travaux, dont le but initial était de constituer la carte archéologique de la région de Mohammedia, ont permis dans un premier temps de découvrir le site de « Makoul » que le géographe Al idrissi et l’historien Ibn Khatib signalaient sur la route reliant Salé à Marrakech. Après, ils ont découvert d’autres tombeaux empreints de motifs ornementaux à proximité de la route reliant Casablanca à Rabat, non loin de Oued El Maleh sur le site de Sidi Bouamar. Chose surprenante, des tombeaux similaires qui étaient également sous le pouvoir des Berghouata dans les régions de Chaouia, Doukkala et Abda. Même opération de recherche, on découvrit un site, évoqué d’ailleurs par l’historien Michaux Bellaire, que l’on nommait « cimetière des Mages (Al Majous) ». Ce lieu serait un des rares témoignages attestant de la mémoire collective des Berghouata et l’image que les musulmans avaient d’eux à l’époque.

Leur puissance militaire allait se manifester clairement lorsque le fondateur de la dynastie Almoravide, Abdellah Ibn Yassine, a essayé de les anéantir en 1059. Sur cet événement, Mouloud Achaq nous raconte : Ibn Yassine s’est aventuré dans cette péripétie sans préparation. Il croyait pouvoir vaincre les Berghouata alors qu’il venait du désert et que ceux qu’il venait combattre connaissaient mieux leur région, difficile à pénétrer. Il sera tué dans cette bataille et inhumé dans un village perdu du nom de Kérifla.

Le royaume des Berghouata a résisté plus de quatre siècles, en effet jusqu’au milieu de XIIe siècle, ils ont su sauvegarder leur souveraineté et leur indépendance. Ils ont subi les attaques successives des Idrissides, des Fatimides, des Zirides, des Zénata et même des Almoravides. Toutes ces puissances ne seront parvenues à les anéantir. Ce sont les Almohades qui en viendront à bout à ce royaume amazigh original, qui était un peuple d’une vaillance et d’une robustesse incomparable, hommes et femmes se distinguaient par leur beauté et par leur extraordinaire force musculaire. C’est par Abdelmounen ben Ali El Goumi de la dynastie des Almohades qui a probablement conduit à l’anéantissement du Maroc officiel et petit à petit effacé leurs traces, en important des tribus arabes de Tunisie pour remplacer les tribus affiliées aux Berghouata et en changeant l’appellation de la région (Tamesna) par Chaouia. Ainsi, le directeur de l’Institut royal des études d’histoire, Mohamed Kabli, nous assure que le manuel de l’histoire du Maroc en cours de préparation recèlera pour la première fois le peu qu’on sait sur la dynastie des Berghouata.

Auteur: L'houari bouattar
Date : 2009-08-19

Wednesday, October 23, 2013



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Monday, October 7, 2013

Morocco1936

La place des femmes dans la société berbère

Y a-t-il une différence entre la place d’une femme dans la société berbère, dans la société marocaine, dans la société musulmane ? Sans doute, ou plutôt un ensemble de différences, certaines positives, d’autres négatives. Il est sans doute impossible de dire s’il fait meilleure être une marocaine d’origine berbère ou arabe, ou une algérienne.... Mais c’est aux femmes, et à leur tenue, par exemple, que le touriste pourra reconnaître les quelques villages arabes disséminés dans le pays berbère. A ces femmes, qui soudainement sont engoncées dans de lourds voiles noirs, qui ne laissent plus rien passer, certaines même portent des gants. Quel contraste avec les voiles colorés, soit noirs brodés de laines vives, soit simplement rouges, jaunes, verts.... Une femme berbère a la tête couverte, elle est vêtue décemment de longues jupes, mais elle ne se cache pas le visage . A l’exception, peut être des femmes d’Essaouira. Mais là, c’est sans doute l’histoire qui parle, et les nombreux rapts autrefois de ces filles renommées pour leur beauté, qui allaient peupler les harems de Fès et Marrakech. Et d’ailleurs, en ces temps là, il y avait plus de juifs et d’étrangers que de marocains à Essaouira.... D’ailleurs, dans la société rurale, le voile a plus une connotation coutumière que religieuse. Il n’est pas le tissu cachant la femme en dehors de sa famille et qu’on enlève aussitôt dans le cercle familial, comme cela se produit dans d’autres pays musulmans. Il est l’instrument d’une pudeur dont on retrouve l’équivalent chez l’homme (et d’ailleurs à l’extrême chez les Touaregs, dont les femmes sont légèrement voilées, alors que l’homme gardera son lourd voile, par respect, mangeant même derrière son chêche, pour ne pas dévoiler sa bouche), et élément de statut. Les jeunes filles portent des foulards indifférenciés, comme ceux que l’on voit en France, mais aussitôt mariées, elles portent fièrement les « zif » bariolés qui leur étaient précédemment interdits. Il faut imaginer le champ de coquelicots étincelants que peut être une réunion de femmes dans la vallée du Draa, qui entrent les unes après les autres couvertes d’une longue cotonnade noire brodée, et laissent ensuite voir des robes de couleurs claires, et des foulards rouges, rouges et jaunes, rouges et verts, des serre-tête brodés, des pendeloques en argent... Jeune fille berbère Une femme berbère peut aller au marché vendre les produits de son potager, de son élevage. A l’exception peut être des Rifaines, enfermées chez elles, à tel point qu’elles ne vont pas au hammam public. Mais là, c’est sans doute l’histoire qui parle, et la protection contre la piraterie en Méditerranée. De tradition, les berbères sont plutôt peu polygames. Et de moins en moins, avec l’impact du nouveau code de la famille, qui permet à la femme de demander un divorce avantageux pour elle si son mari veut lui imposer une deuxième épouse. Mais c’est un peuple d’amoureux. D’ailleurs les malheureux fiancés d’Imilchil sont un couple berbère. Et c’est à cause d’eux, ou grâce à eux, que chaque année, pendant les trois jours de ce moussem, on dit que filles et garçons peuvent se choisir librement, et s’épouser comme ils l’entendent, faisant fi des projets de mariage arrangés... si ils ne s’inclinent pas, par respect, devant la volonté de leurs parents. De tradition, un berbère ne bat pas sa femme. C’est d’ailleurs pour les Touaregs une grande honte que de se laisser aller à de telles extrémités, et c’est le mari coléreux qui sera regardé de travers, parce que ne sachant pas se contenir. L’homme et la femme ont des sphères assez séparées, et les deux sexes se mélangent peu, même dans le cadre familial. Mariée jeune, à 25 ans on commence à être une vieille fille (et en quoi cela est-il différent de la France d’il y a 50 ans ?), très tôt mère de famille nombreuse, la femme berbère évolue dans un gynécée riant et volubile où les hommes ont parfois un peu peur de mettre le pied. A chaque instant de libre, les rires fusent, les chants commencent, rythmé par un simple verre à thé sur un plateau de fer, ou le manche d’un couteau sur la table. Elles parlent fort, s’interpellent, les bébés dorment dans ce vacarme, et les hommes, prudents, pensent que leurs femmes sont trop exubérantes pour eux. Ils ont raison, d’ailleurs. Les conversations des femmes entre elles ont parfois un cru qui ferait rougir plus d’une Européenne

Une culture qui remonte à "avant l'histoire"

Les composantes de la culture berbère sont nombreuses, diverses, mais leur amalgame laisse voir les différentes origines. Les berbères étaient au Maghreb avant les romains, et ils tiennent d'eux leur calendrier julien, et sans doute leurs rites de carnaval, qui ont maintenant lieu lors d'Achoura. Ils étaient, avant d'être convertis à l'Islam, païen, adorateurs des sources et des arbres, et tenaient peut-être des phéniciens - qui avaient ouvert des comptoirs jusqu'en Mauritanie - leur respect pour la lune. Certaines tribus étaient converties au judaïsme, et on dit que la Kahina, cette reine berbère des Aurès qui résista si longtemps face aux armées arabes, était une reine juive. Il est difficile de dater l'arrivée des berbères, pourtant la culture est restée très forte, au cours des siècles, et pour celui qui vit depuis un petit peu de temps au Maroc, il est facile de dire si telle femme est berbère ou arabe, à ses vêtements, de reconnaître, même sans parler la langue, la différence entre le berbère et l'arabe, dont les sonorités sont différentes, même si les langues sont voisines. Entre le touaregs, les rifains, les kabyles, les chleuhs et les amazighs, bien sûr, il y a de nombreuses différences, mais un fond commun, une organisation sociale relativement démocratique, où les chefs étaient élus, où, comme chez les celtes, chaque famille, chaque tribu, chaque fraction était trop indépendante pour pouvoir s'allier aux autres, et préférait se couper en deux dès qu'elle atteignait une certaine taille, un fonds commun aussi dans les motifs artistiques, ces décorations géométriques dont l'abstraction remonte à avant l'Islam, et dont les formes rappellent, là encore, les motifs celtes. Sur plus de deux mille ans, la culture amazigh a résisté à l'assimilation, ou plutôt, a négocié avec ses voisins, pour pouvoir toujours exister. C'est sans doute pour cela, que, bien souvent, au fond d'un petit village, ou sous la tente d'un nomade, on a l'impression que le temps n'est plus le même, et qu'on est parti dans un étrange voyage, qui ramène en un temps antique.

La culture berbère est essentiellement orale

Les Berbères s'appellent eux mêmes "Amazigh", hommes, hommes libres, et c'est le même mot, au féminin, le tamazight, qui désigne la langue. La culture berbère se définit d'abord par sa langue, même si aujourd'hui, on peut encore être berbère en n'étant plus qu'arabophone. (Et les mouvements amazigh se sont fédérés autour de la défense de la langue. L'enseignement ou pas, la transcription dans un système de caractères ou un autre portent en même temps des enjeux politiques). Cette langue a un alphabet, le Tifinagh, qui était tombé dans l'oubli et jusqu'aux années 60, n'était plus utilisé que dans sa version archaïque, par les Touaregs. Après l'indépendance, le système de transcription en caractères latins a été abandonné, et l'IRCAM a mis en place un tifinagh moderne, qui est aujourd'hui utilisé au Maroc. Mais la culture berbère, pendant des siècles, a été une culture d'oralité, celle des histoires que l'on échange quand on se retrouve à l'oasis, celles des contes à la veillée du feu de camps, des proverbes, et des chansons de marche, pendant les longues traversées du désert. Et cet amour du verbe se retrouve dans les chants, souvent brodés et modifiés autour d'une trame existante, en fonction de l'assistance, en fonction de ce qui se passe au village... tout comme les chants des femmes, ceux qui rythment les travaux des chants, les tours innombrables de la meule pour préparer la farine du couscous,