Thursday, March 24, 2011

Tuesday, March 1, 2011Les films vidéo en langue berbère ( tachelhite N Souss)

Les films vidéo en langue berbère ( tachelhite N Souss)

De nouveaux talents pour une expression jeune

Les films vidéo en dialecte berbère constituent une expérience particulière dans le paysage audiovisuel marocain de cette décennie. Cette une expression jeune a pu accumuler un nombre important de réalisations, caractérisée, certes, par un amateurisme flagrant, qui rappelle les premiers débuts du cinéma. Avec l’engagement de nouveaux talents avertis, possédant une culture visuelle et connaissant parfaitement l’environnement socio-économique et historique du public de ce "genre", on pourrait aboutir, dans l’avenir, à des œuvres plus accomplies, qui seront, sans doute, un facteur de développement pour la production de fiction au Maroc. La jeune réalisatrice Fatima Boubekdi entame, avec le courage qu’on connaît aux femmes cinéastes marocaines, une expérience intéressante dans ce domaine. Fatima Boubekdi vient de terminer la réalisation d’un long métrage, "Kabran Hmad" en dialecte berbère, qui sera présenté dans quelques semaines au grand public. La réalisatrice, qui a suivi des stages de formation dans la domaine de la mise en scène théâtrale, a travaillé comme assistante de réalisation aux côtés de Farida Bourquia.
Son expérience de script dans les films de Hassan Benjelloun, Jamal Belmajdoub, Driss Chouika, Mohamed Ismaïl... lui a permis de mieux maîtriser les techniques de la réalisation cinématographique.
     L’originalité de "Kabran Hmad", une comédie sociale écrite par Brahim Boubekdi et produite par Warda Vision, est que l’histoire interprétée par des acteurs professionnels qui maîtrisent le parler "tachelhit" et qui ont acquis une expérience dans le domaine de l’interprétation tel Omar Sayed, Touria Alaoui, Saâdia Ladib... Les comédiens qui font la "tête d’affiche" dans les films berbères sont souvent formés au théâtre et d’autres ont cultivé leur don naturel de la comédie dans les halqa, comme le fameux Da Hmad, révélé à soixante ans dans "Boutfonaste".
Au centre de la fiction de Boubekdi, on trouve un personnage rusé et débrouillard assez convaincant pour échapper à la caricature qui a beaucoup marqué certains films de ce genre. La cinéaste a essayé ainsi de pallier à quelques défaillances, incontournables dans tout début, à savoir l’absence du rythme et de la maîtrise des outils d’expression cinématographiques, la théâtralisation des histoires et l’improvisation, qui font apparaître ces réalisations comme un genre de cinéma "primitif".
En faisant, la réalisatrice a opté pour le comique, très prisé par le public de ces films, en veillant à l’authenticité qui constitue le point fort de ces fictions, et sans copier sur les thèmes sociaux du cinéma égyptien ou indien.

Balbutiements

La culture amazigh investit de plus en plus l’art vidéo. Malgré les imperfections techniques notables dues aux conditions de tournage dérisoires, les films vidéo en dialecte berbère connaissent un accueil chaleureux et une forte demande à Agadir, Tiznit, Taroudant et Casablanca en plus de quelques villes du Rif et auprès des Marocains résidants à l’étranger. Réservés à l’usage privé, ces films sont projetés dans des cafés qui organisent des séances de projections pour le grand public.
Un public avide d’une culture locale riche mais malheureusement méprisé, par insouciance ou par négligence.
La trentaine de films qui ont vu le jour en dix ans, a essayé, avec maladresse parfois, de valoriser une composante essentielle du patrimoine culturel marocain, en mettant en scène le quotidien d’une part de notre société. Amour, tribu, exil, conflits familiaux, exode rurale, immigration, rapports passionnels, us et coutumes..., autant de thèmes sociaux sensibles qui sont traités avec beaucoup d’humour.
Le cinéma est devenu pour le consommateur profane, par déviation, synonyme de comédie et d’amusement.
Le grand public ne demande qu’à voir des choses amusantes, dans sa langue, sur un petit écran qui a opté pour un langage méconnaissable. Les maisons de production parviennent, malgré le problème du piratage à vendre plusieurs milliers de copies.
Ce qui représente un chiffre important vu le caractère réduit du marché de la vidéo et la concurrence des films étrangers. Mais, le gain rapide ne doit pas faire oublier aux responsables des sociétés de distribution la fonction artistique de ces films qui expriment une identité. Ce public acquis doit être éduqué au langage des images, en lui évitant la banalité et la simplicité dans le traitement de sujets qui le concernent.

Reconnaissance

L’expérience des films berbères a commencé dans les années 90 avec le développement des vidéo club, et l’essoufflement du marché des K 7 de spectacles de musique arabes et berbères. Un côté animation s’est ajouté alors à ces spectacles avec des sketchs filmés. Deux fictions, "Tamghart Ourgh" de Lahoucine Bizgarne et "Boutfonaste" de Agouram Archach ont suscité un engouement publique, et on parlait alors du début d’un cinéma berbère, d’autant plus que ces films montraient déjà quelques points forts au niveau de l’interprétation (la naturel des acteurs), et des récits caractérisés par leur aspect local. Le public découvrait enfin sur l’écran sa région méconnue de la caméra des cinéastes marocains. Les producteurs ont exploité l’effet de nouveauté et le vide au niveau de la télévision.
Les titres se sont multipliés : Tiguiguilt (l’orpheline), Assgasse ambarki (heureuse année), Ghassad Dunit, Azka Likhert (aujourd’hui la vie, demain l’au-delà), Imzouag (en trois partie), Tagodi (le chagrin), Tassaste (Le problème), Tihya (biographie de Tabaamrante) seul film sous-titré en français, Tislit Ijlane (en deux épisodes), Tiyiti n’ wadane, Moker...
La recherche de nouveaux talents est le seul facteur qui pourrait donner un nouveau souffle à cette production . Des professionnels doivent s’investir dans ce travail de valorisation et de reconnaissance d’une culture, parce qu’on est encore loin de des œuvres cinématographiques réalisées par les cinéastes algériens comme "La Colline Oubliée" (1997) mis en scène par Abderrahmane Bouguermouh, tiré du roman homonyme de feu Mouloud Mammeri et "La montagne de Baya" (1997) de A. Meddour, présenté au dernier festival de Tétouan.
Ces oeuvres sont susceptibles de faire sortir la langue berbère d’un folklore négatif et réducteur.

Dans son discours du 20 août 1994, feu S.M. le Roi Hassan II affirmait que cette "composante de notre authenticité et de notre histoire" doit être promu. Il s’agit, en fait, d’un travail de réhabilitation d’une culture.