Thursday, March 17, 2011

Moha Ou Hammou Azayyi : Symbole de la résistance Amazighe à l'invasion française


 Moha Ouhammou Azayi et la résistance armée au Moyen Atlas : quelques repères historiques 
a- qui est Moha Ouhammou Azayi ?
Moha Ouhammou Azayi appartient à la Confédération des tribus Izayane, pluriel de Azayi. Cette Confédération qui a pour capitale Khénifra au Moyen Atlas était subdivisée en huit Fédérations : Ait Harkat, Ait Krad, Ait Amar, Ait Sgougou, Ait Ihand, Ait Ishaq, Ichqqirn, Ibouhsoussen (1). Rappelons qu’aujourd’hui, et par la volonté des français et du makhzen, Ait Amar (ils ont été rattachés aux Zemmour), Ait Ishaq, Ait Ihand, Ichqqirn ne font plus partie de la Confédération des Izayane.
Moha Ouhammou appartient à la Fédération des ait Harkat,  subdivisée elle-même en cinq tribus : ait Mai, Ait Haddou Ouhammou, Ihbbaren, Ait Bouhammad et Ait Said Ou Ichou. Il est issu de la tribu Ait Said Ou Ichou, qui est subdivisée en deux grandes fractions : Ait Lahcen Ousaid et Ait Chard. Ait Lahcen Ousaid se composent de cinq fractions :
1-Ait Alla
2-Ait Ben Ichi
3-Ait Khouya
4-Ait Bouhou
5-Ait Moussa
Ait Moussa se subdivisent en deux sous fraction (ighsan) : Ait Aqqa et Ait Ben Aqqa. De son vrai nom Mohammed Ouhammou ben Aqqa Ousaid,  dit Moha Ouhammou Azayi Amhzoune,  est issu des Ait Aqqa.        
Il serait né vers 1863, montra très vite des qualités guerrières et politiques qui l’imposèrent comme jeune chef qui remplace son frère à la tête des tribus Izayane en 1883. En 1887, Il est nommé Caid par le Sultan Moulay Hassan 1er. Très vite sa réputation débordera l’espace d’Izayane pour atteindre le Sais, la Chaouiya et le Tadla. Lorsque les français pénètrent au Maroc, Moha Ouhammou est leur cible principale car il était le plus redouté pour des raisons évidentes : il était le chef incontesté d’une Confédération puissante et riche. En effet, à cette époque, le Moyen Atlas était la région la plus riche du Maroc étant donné ses atouts hydroliques et géographiques. A Khénifra, on trouvait tout ce qu’il y avait à Fès ou à Casablanca et l’on y fabriquait même armes et munitions. Ces craintes des services de renseignement français se révélèrent fondées car Moha Ouhammou s’est opposé à l’avancée des troupes françaises dès 1908 à la bataille de Médiouna. Il a surtout constitué un obstacle majeur à la conquête du Moyen et du Haut Atlas par les troupes coloniales, objectif primordial des stratèges français qui voulaient ainsi relier le Maroc du Nord-Est à celui du Sud-Est.
b- La résistance armée de Moha Ouhammou: un combat national.
Moha Ouhammou était au fait de la politique nationale et internationale. Il connaissait les accords d’Algésiras de 1906 reconnaissant à l’Espagne et à la France des droits spécifiques sur le Maroc.
Il savait donc que la France allait occuper le pays. Il se préparait déjà à les recevoir et intervint effectivement pour la première fois dans la bataille de Médiouna en 1908, ce qui constitue la preuve que son combat était national et non régional comme certains avaient essayé en vain de faire créditer. Depuis, le long de toute leur campagne au Maroc, les troupes françaises n’auront de cesse de se retrouver face aux contingents de Moha Ouhammou Azayi.
En effet, malgré les tentatives qui visaient à le faire rallier aux français, Moha Ouhammou refusa tout compromis, choisit la lutte armée et ne cessera de mener des attaques meurtrières contre les troupes françaises.
Les interventions de Moha Ouhammou:
-1908 : à la bataille de Médiouna où des contingents envoyés par Moha Ouhammou Azayi qui a déclaré le jihad contre les français(2), épaulent leurs frères de la Chawiya ;
-1911 : Izayane de Moha Ouhammou interviennent aux côté de Mohammed N Hammoucha , Caid des Ait Ndir contre le mouvement des français vers Fès sous le commandement du Général Moinier ;
-1913 : intervention de Moha Ouhammou contre le Colonel Mangin (surnommé le boucher) à  Oued Zem, et aux côté de Moha Ousaid Ouyerra contre le Commandant Aubert à Tadla.
-en 1914 : contre les troupes qui s’avançaient vers Khénifra.
Mais Moha Ouhammou a été pris en tenaille par la stratégie des français qui font avancer vers Khénifra des troupes venues  de Tadla, de Boujaâd et de Taza. Après avoir écrasé toutes les tribus environnantes des Izayane, Khénifra est prise  le 12 Juin 1914, ce qui oblige Moha Ouhammou à se mettre dans la montagne d’où il attaque sans cesse les français. Cette prise de Khénifra a été l’œuvre de trois colonnes parties simultanément de Sidi Lamine, de Aguelmous et de Mrirt. La prise de Khénifra est signalée par la poésie dans ces vers :
 a- han Mohamed Ouhammou bu wfala enna tezrit
 b- Iffegh Khnifra our yad iqqimi exs irumin
 a- Vois-tu, Mohamed Ouhammou le guerrier que tu connais
 b- A quitté Khénifra, ne s’y trouvent qu’ irumin (3) (les français)
Toutefois, Moha Ouhammou n’a abandonné Khénifra que pour mieux se défendre. Le Capitaine Guennoun reconnaît que « chaque jour fut marqué par un combat, et chaque nuit par une tentative contre notre tranchée. Nos convois durent être constitués en de véritables colonnes d’opération, sans réussir d’ailleurs à éviter, à l’aller comme au retour, l’accrochage toujours meurtrier du col du Bouhayyati, de Tazrout M Ouxbou (la Roche percée)et de Aqmu n Tguet(la bouche de Tguet). Le mois de Juin et de Juillet nous coûtèrent ainsi plusieurs centaines de tués et de blessés.